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Historique

Le discours de l'inauguration des locaux réorganisés le 12 mars 2008 :

Mesdames, Messieurs, permettez-moi de partager ce soir avec vous le plaisir d’inaugurer la classe des Techniques d’Impression Artistique des Cours de Promotion Sociale Saint-Luc, inauguration d’un local réorganisé mais aussi de matériels récemment acquis qui enrichissent l’éventail des techniques abordées et leur accessibilité.

En préparant ce discours, une image forte s’est imposée, le rappel des jours passés au mois d’août où étudiants et enseignants ont abattu le mur cloisonnant cette pièce. Ils ont ainsi relié en un seul espace, trois salles bien plus petites. « Abattre les murs » serait-il le destin de cette section ?

Avant d’en juger, quelques souvenirs glanés auprès d’anciens enseignants présents ici, Messieurs Jean Dechêne, Michel Diot et Philippe Aterianus…

De Jean Dechêne, nous avons appris que le fondateur de cette section serait Joseph Delfosse, qui vécut de 1888 à 1971. Initiateur de la gravure à Saint-Luc, professeur dès 1933, il donnait un cours facultatif le samedi.
Ébéniste de formation, compagnon du tour de France pour la restauration d’églises après la guerre de 14-18, il profitait de ses escales pour graver.

Un des premiers locaux accueillant la gravure était situé au premier étage au-dessus de la tour de verre (local particulièrement étroit -ce qui ne devait pas beaucoup changer durant les 30 années suivantes…).

Jusqu'à la fin des années 1970, peu d’informations cependant. Les cours étaient organisés séparément les uns des autres. C’est en 1979, au sein des cours du soir, à l’initiative du Père Hoquet, que quatre techniques furent rassemblées en une seule formation de forme courte : la gravure, la lithographie, la sérigraphie et l’offset.  Cours d’une année, répétée plusieurs fois, encore aujourd’hui par bien des étudiants. Un premier mur entre les techniques s’abattait. Benoît Higny, présent comme étudiant en gravure dès la première année rappelait encore le souvenir du Père Hoquet battant le rappel de tous pour fonder la section.

Dès le début, nombreux furent les étudiants du plein exercice, architectes, photographes, sculpteurs et peintres qui y participèrent. Je ne pense pas me tromper en citant par exemple Vincent Albert, Michel Leonardi… et bien d’autres.
L’équipement au début ne fut pas bien riche.
La classe de sérigraphie était équipée de châssis bricolés de grosses charnières et d’un séchoir, encore existant, récupéré des imprimeries Mambour ; cette classe fut animée par Philippe Aterianus. Elle était séparée en deux petits locaux de moins de 10m² chacun.
La pièce d’offset, n’était guère plus grande et la presse elle-même, sujette à bien des caprices, valut à plusieurs de croiser Henri Houcmant, son responsable, la burette et la clé anglaise à la main.
Jean Dechêne en charge de la classe de gravure bénéficiait heureusement du matériel utilisé également aux Beaux-Arts.

Quant au matériel qu’utilisait Michel Diot, en lithographie, il fut acheté à Paris, dans une imprimerie gérée par un couple se séparant de leurs biens car se séparant eux-mêmes… ! La presse fut achetée comptant. Seul, un « petit » reçu fut délivré qui n’aurait certainement pas satisfait les douaniers de l’époque. C’est pourquoi, sous l’impulsion de Michel Diot qui connaissait la région, les points de passages et les horaires des douaniers, les déménageurs de la presse empruntèrent –sans vergogne- un chemin transfrontalier (du côté d’Erquelinnes) de nuit pour arriver au petit matin –sans encombres- à Saint-Luc. La légende nous dit que cette presse, la plus ancienne ici, fut fabriquée avant 1870, et utilisée à Paris dans l’atelier où se tiraient aussi les gravures de Toulouse-Lautrec.

Au départ d’Henri Houcmant, en 1984, André Moreau reprend la classe d’offset. En 1986, Bernard Louis, celle de sérigraphie.

Le temps, par la suite, fit de son mieux pour abattre les murs et rapprocher les cours. D’abord physiquement lorsqu’en 1990, Saint-Luc abandonne le troisième étage du bâtiment de la rue Sainte-Marie. La presse offset rejoint alors la classe de Litho, accompagnée presqu’à côté mais pas tout-à-fait par la classe de la sérigraphie. Les formats généreux des impressions de Suzanne Pacv, encouragèrent le cours d’offset à utiliser la presse de lithographie. Autre format, combien plus grand, et autre cadence… mais quel plaisir !

En 1995 Bernard Minguet, reprend le cours de gravure de Jean Dechêne et en 2002 celui de lithographie de Michel Diot.

Commence alors et de façon presque inconsciente un partage entre ces cours. Le nombre limité de presses, plus sensible encore après le départ de Saint-Luc Supérieur en Outremeuse, poussa à utiliser le matériel de gravure et celui de lithographie simultanément. Ainsi, plutôt que de servir un jour par semaine chacun, leur emploi sur deux jours doublait leur disponibilité.
Un nouveau mur tombait.

Le nombre d’étudiants croissant, les disponibilités matérielles restaient cependant limitées, tant et si bien, que, curiosité aidant, Internet permit de pousser les recherches plus loin et de dénicher en 2004 une seconde presse litho auprès d’un couple d’artistes hollandais. Première visite : quelle surprise, celle d’un atelier minuscule, parfaitement agencé où régnaient une presse récente, ainsi qu’un nombre important de pierres et de rouleaux l’accompagnant! La direction, occupée par Hubert Gueur, soutint l’achat et c’est en équipe avec plusieurs étudiants qu’eut lieu le voyage et le déménagement de la presse. Ah, la clavette tenace reste, pour tous depuis, le souvenir d’un problème insurmontable !
Le pli pris, il fut difficile de s’arrêter ! Peu après, Bernard Louis eut l’opportunité d’acquérir un châssis semi-automatique de sérigraphie en grand format. De quoi faciliter le travail et la productivité parfois industrielle de ce cours.

Mais la presse de gravure à l’étage, un peu seule, suivait difficilement, faute de taille et de robustesse, le débit des impressions. Une première opportunité d’achat se présenta lors d’une rencontre estivale : un couple de Hollandais, encore… imprimeurs d’art, ayant connaissance d’une presse à vendre. Le prix demandé alors toutefois rendait l’acquisition impossible.
Les prières au Ciel firent sans doute le reste, car le propriétaire quelques mois plus tard, sommé de libérer les lieux où cette presse dormait (une étable, faut-il y voir un signe), diminua le prix par 6 !
Là, point de visite, mais nouveau voyage de groupe et de courageux biceps pour transporter les rouleaux de 280 kg chacun. Le remontage fut rapide, l’électrification attendit quelque peu mais elle fonctionne depuis début septembre.

Nouveau voyage à Florennes, en 2007 cette fois pour l’acquisition d’un grand bac de développement pour la sérigraphie, voyage encore aussi près des puces de Saint-Gilles à Bruxelles pour une presse à choquer sur laquelle furent produites plusieurs impressions polychromes d'Aymeric Dechamps l’an passé…
Peu après un long voyage jusque près d’Hambourg  pour les claies de séchage.

Dernière presse, celle de linogravure auprès d’une artiste anversoise.
Et enfin opportunité très récente, celle d’un châssis UV pour les plaques offset et la sérigraphie dont l’apport en qualité étonna dès les premiers jours.
Rassurons les membres du conseil d’administration inquiets devant tant de dépenses… le tout fut acquis à des conditions si économiques que nous n’oserions les citer.

Tout cela n’aurait pas existé sans l’enthousiasme des étudiants à utiliser ces outils comme opportunités créatrices, sautant parfois les cloisons des techniques. Peut-on rappeler en sérigraphie les icônes de Mme Karatzas,
Les origame de Thomas Willems, les tirages subtils de fabienne Petitjean ou les miniatures de Delphine Lesecque.  Citons aussi les participations multiples des étudiants, quelle que soit la technique, au concours de l’image imprimée de La Louvière ou à la Biennale Internationale des signets imprimés.
Nouveau mur à s’abattre : celui des frontières par la présence d’une ancienne étudiante, Sabine Delahaut, actuellement assistante à l’atelier Contrepoint, à Paris, (suite de l’atelier 17, de Stanley Hayter, graveur de Picasso, Mirò, Alechinsky,…), dirigé par Hector Saunier. Ce dernier nous gratifia l’an passé, grâce au soutien de Saint-Luc Supérieur d’une remarquable démonstration de gravure.

Abattre les murs, pourrait toujours être la devise de cette section. Elle partage maintenant l’ensemble des techniques sur les quatre soirées de cours, échange les pratiques parfois proches… par exemple entre les principes d’exposition de l’offset et de la sérigraphie, ou aussi en comparant et testant la qualité des encres entre litho et gravure.
Il faut citer aussi le nouveau regard qu’apportent les étudiants issus pour la plupart des cours supérieurs de peinture, d’illustration ou de photo, cette dernière apportant d’ailleurs de nouveaux thèmes d’expérience : techniques d’héliogravure, recherches jamais interrompues des impressions bichromatées et reports photographiques sur pierre, plaque ou soie.

Quant à l’avenir… il passe par le passage prochain de cette formation en régime 1 et par la rédaction d’un programme précis auquel les enseignants actuels s’attellent, et si de nouveaux murs se présentent… nul doute : ils ne résisteront pas longtemps.